L’incroyable montée en puissance des femmes dans l’électro : une révolution en pleine BPM

22 novembre 2025

playfm.fr

Quand l’électro sort enfin du boys club

Impossible de parler musique de club ou festivals sans citer la scène électro. Mais pendant trop longtemps, la tentation était grande de résumer ce monde à une poignée d’hommes aux platines, derrière les machines, à empiler les beats. Ça, c’était avant !

Porté par la vague #MeToo et l’explosion des réseaux sociaux, le mouvement pour plus d’égalité a bousculé toutes les sphères pop culture… et la musique électronique n’échappe pas au remix. Les femmes s’imposent aujourd’hui derrière les platines, mais aussi en studio, à la production, à la direction de labels, et sur les plus grosses scènes mondiales. Focus sur celles qui font sauter les barrières et renversent les codes d’un milieu longtemps réservé aux mâles alpha.

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Des chiffres qui parlent : encore du chemin, mais une vraie progression

Avant d’entrer dans le détail des visages et des tracks, on commence par quelques chiffres récents qui donnent le ton :

  • En 2022, seuls 28% des line-ups de festivals d’électro mondiaux étaient assurés par des femmes ou des groupes majoritairement féminins (via le rapport PDWN), mais le chiffre a plus que doublé en 5 ans.
  • En France, selon la SACEM (2023), moins de 20% des adhérents produisant de la musique électronique sont des femmes, mais la progression est nette : +7 points en 3 ans.
  • Selon l’étude female:pressure menée sur plus de 200 festivals européens en 2023, 35,1% des DJs programmés étaient des femmes ou non-binaires.
  • Sur Spotify, entre 2019 et 2023, le volume d'écoutes de tracks électro produites par des femmes a augmenté de 72% dans le monde (Spotify Newsroom).

Bref : la féminisation de l’électro est rapide, même s’il reste du taf pour atteindre la parité, surtout en haut de l'affiche.

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Aux platines : qui sont ces femmes qui font bouger les BPM ?

Icônes incontournables et nouveaux visages

  • Nina Kraviz (Russie) : Phénomène planétaire, la DJ et productrice est passée du statut d’outsider à star incontestée, tête d’affiche ultra-sollicitée (plus de 130 dates en 2022). Son style tech-house/acid rageuse, son indépendance et ses prises de position ont fait bouger les structures figées.
  • Charlotte de Witte (Belgique) : Surnommée “la reine du techno peak time”, elle est la première femme à avoir closuré le mythique Tomorrowland (2019), fondé son propre label KNTXT et truste les classements DJ Mag depuis 2020.
  • Honey Dijon (USA) : Activiste afro-trans, elle mélange house, techno et disco avec glamour et punch. Programmée à Coachella ou Primavera, elle a même signé la bande-son de la fashion week Balmain.
  • Rebekah (UK) : Figure du hard techno, elle utilise sa notoriété comme tremplin pour dénoncer le harcèlement et porte la voix du collectif #MeTooMusic.
  • Chloé (France) : Pionnière dans l’Hexagone, elle signe BO, électro raffinée et collaborations pointues, tout en défendant une vision décomplexée de la créativité sans genres.

À côté de ces têtes d’affiche, une constellation de collectifs, de productrices et de DJs émergent à la vitesse grand V (CloZee, Jennifer Cardini, Anetha, Polish DJ VTSS…), illustrant cette vague de fond.

Des collaborations qui pèsent

  • Peggy Gou (Corée du Sud) : Sa track "It Goes Like (Nanana)" a été l'un des tubes électro de l’été 2023, cumulant plus de 400 millions de streams en moins d’un an (Spotify).
  • De plus en plus de festivals (ex : Nuits Sonores à Lyon) consacrent des soirées 100% féminines ou mixtes pour valoriser la diversité des plateaux.

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Barrières, plafond de verre et sexisme ordinaire : ce qui a changé

Longtemps, les femmes de la scène électro ont témoigné du même scénario : difficulté à être prises au sérieux, présence rare dans les line-ups majeurs, remarques sexistes, mésestimation du travail technique… Parfois reléguées aux warm up, parfois forcées de masquer leur identité ou de se justifier sur leur légitimité (voir les témoignages du documentaire "Queer & Electro" diffusé sur Arte).

Mais plusieurs signaux forts montrent que la roue tourne :

  • Visibilité médiatique accrue : Le magazine a désigné plus de 40% de femmes dans ses “Breakthrough DJs” en 2022, un record.
  • Changement chez les labels : Les artistes féminines lancent leurs propres structures (voir KNTXT de Charlotte de Witte).
  • Engagement des plateformes : Beatport, Resident Advisor et Spotify valorisent désormais la diversité dans leurs playlists, charts, sélections d’artistes.
  • Mentorat et formations : Des programmes comme shesaid.so (5000 membres dans 107 pays !) proposent mentorat, conseils, formations pour booster la montée de carrière des femmes dans la musique électronique.

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Mixité, réseaux, collectifs : comment la scène féminine s’organise

Sous l’impulsion de la nouvelle génération, de plus en plus de collectifs remixent littéralement le game :

  • female:pressure : Plus de 2000 membres dans 80 pays, moteur de recensement, de visibilité et d’empowerment pour les musiciennes, productrices, DJs.
  • Barbi(e)turix (France) : Évènements, soirées et line-ups 100% femmes, “les Wet For Me” ont lancé ou boosté la notoriété de dizaines d’artistes et permis à la queer culture d’exploser dans les clubs.
  • Sisters With Transistors : Nom du film mais aussi point de ralliement. Il retrace l’histoire effacée des pionnières électro comme Daphne Oram ou Suzanne Ciani, rappelant que les femmes étaient là avant… et qu’elles reviennent en force. (Source : documentaire "Sisters with Transistors", 2021)

Les réseaux sociaux accélèrent le phénomène : la visibilité instantanée offerte par Insta, TikTok ou SoundCloud a permis à de jeunes DJs ou productrices de se faire repérer hors des schémas traditionnels, propulsant certains morceaux via le bouche-à-oreille digital au sommet des charts mondiaux.

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Focus sur la France : entre retard et sursauts inspirants

Si la France a connu une domination masculine marquée dans l’électro (la fameuse French Touch des Daft Punk, Justice, Laurent Garnier en fut longtemps l'emblème), la féminisation s’accélère sous nos yeux :

  • Sur les 50 artistes électro francophones les plus programmés en festival en 2023, 32% étaient des femmes ou groupes à majorité féminine (stat SACEM).
  • Des festivals comme Chorus ou Delta Festival augmentent chaque année la part d’artistes féminines sur scène et dans les commissions artistiques.
  • Des clubs comme le La Gaîté Lyrique ou le Suprême à Paris ont lancé des résidences spécifiquement dédiées aux femmes DJs, productrices et VJs.

Côté icônes françaises, impossible de ne pas citer Jennifer Cardini, Anetha, Chloé, Marina Trench, Tatie Dee ou Molly, dont les carrières s’exportent désormais sur toutes les scènes d’Europe et d’Amérique.

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Quand la scène électro féminine devient un moteur pour l’innovation musicale

Au-delà de la simple question de la représentation, la scène féminine électro apporte un vent d’air frais sur les sons, les formats et la créativité.

  • Des hybridations de styles inédites : De la techno à la house en passant par la bass music, la new wave ou l’ambient, les sets des artistes féminines (voir : SAMA' Abdulhadi, rRoxymore, Deena Abdelwahed) explorent autant de voies alternatives, métissées, imprévisibles. Les festivals saluent leur capacité à casser les routines de programmation.
  • L’impact du digital : L’utilisation de logiciels DIY, de sampleurs grand public, de logiciels libres (Ableton, FL Studio, Reaper) rend la prod plus accessible : moins de barrières techniques, plus d’émergence de profils hors circuits classiques.
  • Un storytelling plus personnel : Les artistes féminines partagent souvent des parcours atypiques – reconversions, autodidactes, activisme queer – et affichent leur singularité dans leur communication comme dans leur musique.

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Des obstacles tenaces, mais une dynamique qui s’impose

Il reste encore des défis pour installer la scène électro féminine comme la nouvelle norme :

  • Ecart de rémunération : selon une enquête Musique Info, les cachets moyens des DJs femmes restent inférieurs de 20 à 30% par rapport à ceux des hommes sur les événements électroniques européens en 2022.
  • Le sexisme dans la technique : secteurs de la régie son, du booking sécurisé ou de la programmation de festivals encore très majoritairement masculins.
  • Pression de l’image : beaucoup de DJs féminines témoignent de demandes marketing hors musique (look, réseaux sociaux), vécues comme une double contrainte.

Pourtant, la dynamique enclenchée paraît impossible à stopper. Sur tous les continents, la relève pousse, les modèles se diversifient et un public avide de nouveauté en redemande.

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De la boîte de nuit au prime time : nouvelle ère de l’électro, nouveaux codes

L’essor de la scène électro féminine n’est pas juste une correction d’injustice, c’est un phénomène qui secoue l’esthétique, la créativité et les business models de la musique électronique mondiale.

Avec elles, l’électro brouille les lignes, s’ouvre à d’autres récits, casse les codes de la scène, repense la fête et l’inclusivité, et invente des nouvelles figures d’identification pour la jeune génération. Qui aurait imaginé il y a dix ans voir une femme headliner au Berghain, une DJ trans primée aux Grammy Awards (Honey Dijon, 2023), ou des collectifs queer remplir les plus grandes salles de Berlin à Mexico ?

Si le monde de la nuit en général reste sous tension (crise sanitaire, montée de la violence, inflation), la montée en puissance des femmes dans l’électro dessine, enfin, un dancefloor où chacun trouve sa place, histoire d’enchaîner les beats… sans fausse note.

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